Des militants Force Ouvrière de la Loire

Chine : voilà comment sont fabriqués nos apppareils numériques

samedi 1er mai 2010 par Denis RIVIER

A l’heure où les médias se lancent dans un portrait dithyrambique de la Chine de Shanghaï, le blogueur Eugène souligne l’envers du décor que révèle le règlement intérieur de l’usine Kye : 68h par semaines, travailleurs mineurs, salaires dérisoires, conditions d’hygiènes déplorables.

The National Labor Committee publie un rapport sur les pratiques abominables de l’usine KYE en Chine. L’usine produit des souris, webcams, scanners, claviers, appareils photo, caméras, des manettes de jeu et tablettes graphiques. Ces produits sont commercialisés aux USA, en Europe et au Japon. Ses clients sont HP, Samsung, Acer, Logitech, Asus-Rd, Microsoft, Targus, Kesington… Cette usine commercialise également ses propres produits sous la marque Genius.

Le droit du travail étant assez permissif en Chine et les syndicats absents, le pire côtoie le meilleur dans ce pays. Nul doute que ce rapport nous donne un bon aperçu du pire.

Le rapport dénonce en vrac :

• Le recrutement d’étudiant de 16 à 17 ans travaillant 15 heures par jour, 6 à 7 jours par semaine (illégalité par rapport à la loi Chinoise) et trois jours de congé par mois • La durée hebdomadaire du travail dans l’usine est de 68 heures • Un salaire de 65 cents de dollar qui deviennent 52 cents après déduction des « frais de bouche » • Des cas de harcèlement sexuel par les agents de sécurité sont reportés • Les étudiants dorment dans l’usine dans des dortoirs de 14 personnes obligatoires s’ils sont célibataires • Il n’y a pas de douches, mais un baquet avec une éponge • L’objectif par travailleur et par jour est de 2000 souris produites • Une autorisation est requise pour boire ou aller aux toilettes • Les erreurs sont sanctionnées par corvées de nettoyage ou des affichages publics • En cas de non-respect des ordres du contremaitre une amende de 7$ peut être infligé, • une amende est également prévue en cas de non-respect des objectifs de production en plus d’heures de travail non rémunérées pour atteindre l’objectif • La liberté de mouvement des employés est restreinte même lors des heures de repos • Les heures supplémentaires ne peuvent pas être refusées • Il est interdit de faire entrer des personnes extérieures à l’usine y compris dans les dortoirs • La nourriture proposée est qualifiée d’infâme par les employés, et en trop faible quantité • Lors de la chute des commandes pendant la crise économique de 2008, près de 2000 employés ont été licenciés et les autres ont vu leurs horaires diminuer

Le choix d’une main-d’œuvre étudiante venant de tout le pays et des conditions si dures et peu avantageuses implique une rotation du personnel très importante (de 3 à 8 mois en général). Cette rotation serait déplorée par n’importe quel employeur, mais dans ce cas précis, c’est la garantie du succès du système.

Le code de déontologie des entreprises donneuses d’ordres n’est jamais respecté. Ce système marche bien, car les contrôles sont rarissimes et les employés n’imaginent pas se plaindre spontanément aux donneurs d’ordre américains. Lorsqu’un contrôle est prévu, les employés sont formés sur ce qu’ils doivent répondre aux inspecteurs étrangers. La peur du licenciement les incite à mentir. Mais la plupart du temps, les contrôles de donneurs d’ordre sont simples et n’incluent même pas d’interview.

Quant aux violations du Code du travail chinois, ils ne sont pas détectés par une organisation bien huilée de retour à la normale lors des inspections. Il est probable que la corruption de certaines personnes permette de contourner, l’aspect improvisé des contrôles. Ainsi prévenue, l’usine peut même organiser un service d’autocars pour évacuer les employés dans l’illégalité le temps du contrôle.

Pourquoi, avec de si pitoyables conditions, l’usine trouve-t-elle encore des étudiants volontaires ? L’association pense qu’il s’agit d’un système de rémunération occulte des enseignants qui aide a fournir les étudiants. Une fois pris au piège de l’usine il reste le temps de l’exécution de leur contrat. Ils n’ont pas les connaissances juridiques, ni l’argent, ni le courage de se battre contre leurs employeurs. Le système fonctionne donc à merveille.

Les donneurs d’ordre sont-ils aussi des victimes du système ? Rien n’est si sur, car ce système leur profite par des coûts de production ridicules maximisant leurs marges. Ainsi, The National Labor Committee, indique que la Chambre de commerce américaine en Chine n’a pas soutenu les modestes tentatives de réforme du droit travail chinois, menaçant discrètement de diminuer leurs investissements dans le pays.

Ainsi, le système est bien rôdé, la Chine a besoin des investissements étrangers pour maintenir un taux de croissance supérieur à 8% permettant de maintenir la paix sociale et de préparer l’avenir du pays. Nul ne doute qu’à terme, la Chine devra faire le ménage et diminuer les inégalités, mais les dirigeants attendent d’avoir amassé suffisamment de richesses, de savoirs technologiques et d’avoir un taux d’emploi acceptable pour pouvoir se le permettre. Comme le montre l’histoire de la Chine, le sacrifice de certains et considéré comme indispensable au bien futur de tous. Cette stratégie sera-t-elle couronnée de succès ? Quand ? Et à quel prix ?

Quant aux clients occidentaux, ils trouvent actuellement le moyen d’augmenter leurs marges tout en baissant le prix de leurs produits. Ainsi en achetant des biens à bas coûts produits dans des pays sacrifiant leurs ouvriers payés 37 fois moins chers, nous avons l’illusion de gagner du pouvoir d’achat. En réalité, nous détruisons notre industrie et notre savoir-faire (donc nos chances de relocaliser dans le futur des emplois), nous augmentons notre chômage et paupérisons notre pays. Enfin, l’illusion du pouvoir d’achat gagné sera cruellement révélée par un pays écrasé sous les charges fixes et avec des revenus en chute libre. À la fin du processus, les anciens pays pauvres seront devenus riches, les actionnaires aussi, mais la majorité des Occidentaux seront ruinés. Il s’agit donc d’un beau hold-up sur notre pouvoir d’achat dont nous faisons les frais sans dire un seul mot !

L’article sur le site de Marianne.

Le blog économique et social d’Eugène.


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