Des militants Force Ouvrière de la Loire

Retraites : la CGT n’a « pas de remords », mais pointe les « faiblesses » du mouvement

dimanche 6 février 2011 par Denis RIVIER

Rencontre jeudi matin avec Eric Aubin, le M. Retraites de la CGT

L’occasion de faire le point sur le long mouvement social de l’automne. Une mobilisation « inédite », dit-il, « hors du commun », « exceptionnelle de par sa durée et ses formes » : neuf journées d’action depuis septembre dont certaines le week-end, des actions tournantes, des mobilisations tous azimuts, sous forme d’arrêts de travail, de grèves reconductibles ou d’actions ponctuelles. « Beaucoup ont manifesté pour la toute première fois, il y avait des jeunes et des moins jeunes : on a gagné la bataille de l’opinion. »

Ce qui ne l’empêche pas de pointer des « faiblesses », dont il faut, dit-il, tirer des enseignements pour l’avenir.

Première d’entre elles : la difficulté à mobiliser dans le privé, et un certain manque de savoir-faire sur le terrain :

« Il y a eu du monde dans les manifestations, mais un peu moins d’arrêts de travail dans les entreprises. On a parfois eu quelques difficultés à organiser des assemblées générales. Même dans un secteur très organisé comme l’énergie, à EDF par exemple, on a eu des difficultés pour tenir les AG. Dans ma fédération, la construction, on a dû envoyer des représentants pour montrer aux salariés comment organiser des assemblées générales et réussir à les mobiliser.

Parfois, des militants participaient à des actions en dehors de l’entreprise mais ne faisaient pas grève sur leur lieu de travail. Or pour ancrer l’action dans la durée et l’unité, on ne peut pas se passer d’actions dans les boîtes. »

Des difficultés pratiques qui relèvent, selon lui, d’une évolution des pratiques militantes :

« Le syndicalisme a changé. On est passé d’un syndicalisme de lutte à un syndicalisme plus institutionnalisé, avec des comités de groupes, des organismes paritaires divers... Force est de constater que ce syndicalisme institutionnel ramène l’activité syndicale à la portion congrue. Parfois, on a vu certains militants qui opposaient la lutte et les réunions. Les fédérations et la confédération sont montées au créneau, pour rappeler que la priorité reste la lutte. Il va falloir réfléchir à la façon de corriger cette évolution. »

Une critique qui ne s’applique pas au dialogue au plus haut niveau entre les directions syndicales et le pouvoir, précise-t-il, alors que beaucoup ont fait de cette proximité l’explication d’une certaine frilosité syndicale, à certains moments charnières du conflit :

« On ne peut pas échapper à la discussion avec ceux qui ont le pouvoir. Nous n’avons pas de remords sur la stratégie. Pour la CGT, l’objectif était à la fois d’encadrer le conflit, et d’assurer l’unité syndicale, au niveau national, local, et dans les entreprises. Ça a été un succès : on a mené la mobilisation de façon unitaire, et l’intersyndicale tient le coup depuis deux ans. »

Reste à savoir si cette belle entente, nourrie et amplifiée par l’ampleur du mouvement, va perdurer maintenant que le conflit s’est éteint. Sur les retraites, les organisations syndicales avaient des divergences profondes, et ont été incapables d’avancer des propositions communes, au-delà du rejet de la réforme du gouvernement.

Maintenant que vient le temps des propositions sur l’emploi, les salaires, la protection sociale ou les alternatives à l’austérité qui s’abat sur l’Europe, ces désaccords risquent de resurgir au grand jour.

Un entretien avec Eric Aubin par Mathieu Magnaudeix, journaliste à Médiapart publié le 2 décembre 2010. Un excellent journal en ligne disponible uniquement sur abonnement


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