Des militants Force Ouvrière de la Loire

Nos vies ne valent-elles pas un euro ?

jeudi 29 novembre 2007 par Denis RIVIER

Force Ouvrière vous informe : « Nos vies ne valent-elles pas un euro ? » La salariée de SFR qui a tenté de se suicider la semaine dernière a écrit à LCI.fr « Je suis la jeune employée qui a avalé un cocktail médicamenteux le samedi 21 juillet sur le site du Futuroscope (...)." C’est en ces termes que débute le message envoyé mardi à notre rédaction par la salariée du service clientèle de SFR à Poitiers, qui a tenté de se suicider quelques jours plus tôt. « Je l’ai fait dans un moment de désespoir où je ne me sentais pas capable d’assumer mon rôle d’être humain (...) "Vendre 571 salariés, à qui on a répété qu’ils étaient les meilleurs, pour un euro symbolique... comment peut-on garder un semblant de dignité pour soi, pour ses enfants lorsque l’on est traité ainsi ? (...) nos vies ne valent-elles pas un euro ? »

Un comité central d’entreprise extraordinaire avait eu lieu le 20 juillet : « Vendredi, nous avons appris que les trois centres d’appels concernés par le transfert d’activité étaient cédés pour un euro symbolique », indique Carole Marin, secrétaire du CHSCT. Division Arvato est le repreneur du site de Poitiers et Teleperformance celui de Toulouse et de Lyon. Le transfert aura lieu le 1er août pour les 1900 salariés des services clientèles.

« Elle a craqué » Le lendemain de l’annonce, la jeune femme, que nous appellerons Julia, était présente sur son lieu de travail en périphérie de Poitiers. « C’est un collègue qui ne travaillait pas ce jour-là qui a donné l’alerte après avoir reçu un SMS alarmant de Julia », selon Carole Martin. Transportée au CHU de Poitiers, elle en est sortie le lendemain et bénéficie d’un arrêt maladie depuis. Dans ce dernier message, la jeune femme, mère d’un enfant, s’en prenait directement à son entreprise. Représentante du personnel, Julia s’était beaucoup impliquée depuis l’annonce de la reprise de leur site par un sous-traitant le 23 mai. « Elle s’était renseignée sur ce que l’on pouvait faire, était allée voir les collègues de Toulouse et de Lyon et les élus locaux. C’est elle qui organisait les AG, les déplacements à Paris », rapporte sa collègue Isabelle Lebault, représentante syndicale au CHSCT. « Quand elle a vu que, malgré tout, on était vendu pour un euro, elle a craqué », ajoute Carole Martin.

L’entreprise doit assumer ses responsabilités « Il ne s’agit absolument pas d’une vente pour un euro symbolique », répond-on chez SFR. « Les centres d’appels sont transférés, en application de l’article de loi L122-12. Seuls les murs sont cédés pour un euro symbolique ». Pas d’argent donc entre SFR et les repreneurs mais un engagement de la part de l’opérateur téléphonique de faire travailler les sous-traitants. Les salariés n’ont pas d’avenant à leur contrat à signer : ils conservent leur salaire et leurs avantages sociaux, indique SFR. « Faux, nous perdons l’intéressement, la participation, les primes tous les deux mois et les avantages sur nos abonnements téléphoniques », affirme Carole Martin. Quant aux tentatives de suicide, « ce sont souvent ceux qui s’investissent le plus dans leur travail qui plongent les premiers et peuvent passer à l’acte », estime Françoise Mesnard, médecin du travail dans les Deux-Sèvres. Autre indicateur d’un mal-être, les arrêts de travail. Chez SFR Poitiers, 315 journées d’arrêt de travail ont été enregistrées en juin pour un effectif de 571 personnes. Depuis, une assistance psychologique a été mise en place via un numéro vert et la présence quotidienne d’un psychologue sur le site. « Rien qu’hier, 40 personnes sont allées le voir », rapporte Carole Martin. Mercredi, Christian Streiff, patron de PSA - où cinq suicides ont eu lieu sur le lieu de travail depuis le début de l’année - estimait que « le travail n’est pas, en tout cas pas à lui seul, la cause d’un suicide ». « « La question n’est pas de savoir si c’est la seule raison ou pas, mais d’accepter de regarder les choses en face et de reconnaître que c’est, aussi, à cause du travail », rétorque la médecin du travail, auteure d’une tribune intitulée « Tombés au champ du travail » dans Libération. Le message de Julia sur LCI.fr se terminait ainsi : « Je n’oublie pas au passage de remercier les actionnaires qui nous en demandent toujours plus pour un moindre coût ». Sophie LUTRAND - le 30/07/2007 - 11h13, sur le site de LCI.fr


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